Interview : Samuel ROUSSEAU (French Version)


Samuel Rousseau in New York, 2011. ©Samuel Rousseau. Courtesy of the artist.

Samuel Rousseau à New York, 2011. ©Samuel Rousseau.

English Version


SR – Samuel Rousseau
ST – Selina Ting pour initiArt Magazine

 

ST : Ce qui m’a impressionnée en premier dans votre travail, c’est la simplicité de l’image et de la présentation que vous accordez à votre œuvre. Et en même temps, on note une dimension allégorique forte dans chacune de vos pièces. La première fois que j’ai remarqué votre travail, c’était dans une galerie parisienne où vous avez montré « Sans titre – L’Arbre et son Ombre ». Après, j’ai découvert « Un peu d'Éternité » et « Montagnes d'Incertitude» dans les foires. C’est cette simplicité et l’allégorie que l’on retrouve dans chacune de vos pièces qui font que l’on reconnaît votre travail, et que l’on se souvient de vous.

SR : Merci ! Mon travail est simple, mais pas simpliste. La simplicité, pour moi, tend à l’universalité. Si vous prenez une pièce comme « Sans titre – L’Arbre et son Ombre », cela m’a demandé deux ans d’imaginer cette pièce. Entre l’idée d’utiliser l’ombre, via la vidéo, et ensuite de trouver une idée juste par rapport à la vie et la mort que je voulais retranscrire puis en suite six mois pour la réaliser. Mais c’est du travail qu’on ne voit pas. Si vous faites un beau travail, si vous l’épurez mentalement, si vous faites du mieux que vous pouvez, en le faisant le plus proprement possible, le plus justement possible, on ne voit plus les efforts et la pièce prend alors toute sa force. Le travail doit toujours laisser la place au concept de l’œuvre.

ST : Je trouve qu’il y a une dimension très poétique aussi dans votre travail. Pour certains artistes, le mot « poétique » est plutôt négatif, voire offensif.

SR : Avant, quand on me disait « tu es un poète », ça me faisait réagir négativement. Parce que j’avais une idée de la poésie qui était tronquée, qui n’était pas la bonne. Maintenant, je me sens beaucoup plus poète, parce que je me suis aperçu que la poésie transcende les choses. Peu importe votre origine sociale et culturelle, la poésie, elle va à l’âme des gens. Je trouve ça extraordinaire. On touche à des choses qui sont de l’ordre de l’universel. je crois que la simplicité formelle sert cette idée. Mais ma dernière pièce « Brave Old New World » par exemple n’est pas du tout simple. Il n’y a pas que ça dans ma production, Il y a aussi des tensions, des choses qui se répondent, et pas forcément dans le bon sens.

 

Gauche: Un peu d'éternité, 2009. DVD loop, PAL, 11 : 00, wood, candle, 20 x 10 x 14 cm.

Gauche: Un peu d'éternité, 2009. DVD loop, PAL, 11 : 00, wood, candle, 20 x 10 x 14 cm.
Droite: Plastikcity, 2006, Each is unique, Plastic water bottles assemblage, video projection. Private Collection

 

ST : Il y a deux interprétations antinomiques de la poésie : la poésie au sens lyrique et sentimental, et la poésie dans sa tension et sa précision. Pour toi, j’ai l’impression que c’est plutôt ça. Le côté simple, minimaliste, économie de moyen, et précis. Et les tensions qui se manifestent dans le jeu d’échelle, par exemple dans « Montagnes d'Incertitudes » ou « Le géant ».

SR : Oui, c’est une façon de ramener les choses à la réalité. Quand j’utilise l’objet de rebut, justement, c’est pour faire une accroche au réel. Je fais des choses qui sont, comme vous dites, allégoriques qui partent dans des univers, et en même temps j’aime ramener à notre réalité. Je ne suis pas là pour démontrer des choses ou faire partir dans un ailleurs. Il y a des artistes qui sont porteurs d’une espèce de foi, une idée suprême, et qui serait bien sûr la meilleure. C’est une démarche qui ne m’intéresse absolument pas. J’essaie d’être toujours dans l’expérience, la recherche, le doute. A cet effet j’épure les choses afin que les champs s’ouvrent. Parce que plus vous enlevez, et plus vous ouvrez en fait, plus le regard s’ouvre, et vous obtenez ainsi un champ d’interprétation énorme.
J’ai beaucoup de respect pour le regard de tous. Je ne vise pas un public précis, je ne vise pas en particulier le monde de l’art. Je fais un travail pour moi, très égoïste. Quand je travaille, rien ne rentre en compte que mon regard, que ma justesse par rapport à ce que je suis en train de réaliser. Je n’entretiens pas de rapport de séduction. Par contre une fois que c’est fait, j’ai envie de l’offrir au monde, de le faire voyager, de lui faire rencontrer et se confronter à des cultures différentes.

 

Samuel Rousseau, Sans titre (l'Arbre et son Ombre), 2008 projection HD et modélisation 3D , 13‘ en boucle, Unique. Courtesy of the artist.

Samuel Rousseau, Sans titre (l'Arbre et son Ombre), 2008 projection HD et modélisation 3D , 13‘ en boucle, Unique. Courtesy of the artist.

 

ST : Pour « L’Arbre et son Ombre », vous avez présenté cette œuvre en projection petit format et au très grand format aussi. Quel impact il y aura sur la perception de cette image allégorique de la vie et de la mort ?

SR : La dimension que cela rajoute en grand c’est le statut du corps de la personne qui regarde, ce n’est pas tellement l’échelle de la pièce ou le fait qu’elle soit plus impressionnante. La personne qui passe devant se retrouve dans la virtualité elle aussi car son corps fait parti de l’œuvre via son ombre. Par exemple, les enfants s’amusent avec les feuilles. Ils voient leur ombre et les feuilles, et ils essayent d’attraper les feuilles. Ce qui est intéressant, c’est où on se situe en tant que spectateur quand on est en train de regarder cette pièce. Ça pose la question de sa vie, du virtuel et du réel. Je suis là maintenant dans l’instant et quel est le rapport j’entretiens avec la proposition qui m’est faite.           

ST : Quelle est pour vous la relation entre la vidéo et l’art ?

SR : Je ne suis pas un vidéaste, mais un artiste-plasticien qui utilise la vidéo. La vidéo est un piège ! C’est facile de faire de belles et plaisantes images avec de la vidéo. Mais ce ne sont pas des images mentales. Je veux que mon travail vidéo fonctionne comme une œuvre statique, comme une sculpture, ou une peinture. Pour moi ce que l’on voit n’est que la partie émergente de l’iceberg. Ce qui est intéressant, c’est la projection mentale que l’on se fait vis-à-vis d’une œuvre d’art. Parce qu’il faut se poser cette question en tant qu’artiste : ça veut dire quoi de fabriquer des images aujourd’hui ? On est inondé d’images : la télévision, les films, les pubs, l’art. Ça ne m’intéresse pas de rajouter des images à cette planète déjà saturée, mais ce qui m’intéresse, c’est toucher l’intérieur du cerveau des gens, de m’inscrire dans le cortex. Je ne suis pas là pour juger, je ne détiens aucune vérité. Je suis juste là pour faire des propositions. Je ne veux pas apporter de réponse. Ça peut paraître prétentieux, mais j’ai presqu’envie de rapprocher le métier de l’artiste à celui du shaman, qui s’adresse à l’âme des gens. Alors il y a peut-être de la magie là-dedans, mais pas de la prestidigitation, plus de la spiritualité.

 

Samuel Rousseau, Montagnes d'Incertitudes, 2008, Bâche, Résine, Projection vidéo, lecteur DVD. Courtesy of the artist.

Samuel Rousseau, Montagnes d'Incertitudes, 2008, Bâche, Résine, Projection vidéo, lecteur DVD. Courtesy of the artist and aeroplastics contemporary, Brussels.

 

ST : J’ai un doute à propos de la neutralité de l’artiste…

SR : De toute façon, faire de l’art, c’est très égoïste. Je ne fais pas ça pour séduire les gens. Je fais des choses pour moi, qui me plaisent tout d’abord ! C’est moi qui décide de mon œuvre. Quand je fais les « Montagnes d’Incertitude » ou « Plastikcity », je suis Dieu : je gère la vie de mes personnages. Je décide de qui vit, de qui meurt, de qui fait quoi. Il n’y a que moi qui décide quand ça commence, quand ça se termine. Une fois que c’est fait, ça ne m’appartient plus, c’est au monde. J’ai beaucoup de respect pour tous les regards qui se posent sur mon travail. Cela veut dire que c’est aussi important pour moi que quelqu’un qui n’aime pas l’art, qui ne le connaisse pas  puisse être touché par mon travail que quelqu’un qui connaisse extrêmement bien l’art. Ça ne me dérange pas si c’est populaire, ça ne me fait pas peur. « Le Géant » par exemple, en juste une nuit, quelques heures, il a touché énormément de gens.

ST : Parce qu’il y a quelque chose de noir, de grave, de sombre, de conflictuel, c’est presque la condition humaine...

SR : Oui, c’est la vie ! Mais ce n’est pas conditionné. C’est que je dis dans mon travail. « Libère toi, vis ta vie, sois heureux ! ». Il faut trouver le bonheur ! C’est sombre, mais c’est lumineux!

ST : C’est gai parce que c’est humoristique aussi.

SR : Parce que je suis le clown blanc qui fait tomber l’Auguste ! Il y a toujours une double lecture. Au premier regard, c’est amusant, et plus vous regardez mes productions et moins c’est drôle, plus la gravité du propos s’installe presque à en devenir oppressante.

 

Samuel Rousseau, Le Géant, 2003 Video installation Gaîté Lyrique, Paris, France

Samuel Rousseau, Le Géant, 2003 Video installation Gaîté Lyrique, Paris, France

 

Être artiste

ST : A quel moment décidez-vous de devenir artiste ?

SR : Depuis toujours ! J’ai toujours voulu être artiste. J’étais un très mauvais élève à l’école. Je n’étais pas à ma place. Je m’ennuyais. Alors j’ai commencé à dessiner dans la marge de mes cahiers. Jeune homme j’ai fait l’École des Beaux-arts. Mais je ne me suis jamais senti à ma place. Je ne corresponds jamais à une place que l’on veut m’attribuer. Je suis inclassable ! On ne sait pas où me ranger et mon travail l’est également.
J’ai mis 6 ans après l’école à vendre ma première pièce, et j’ai mis 8 ans à en vivre. Je dis souvent que mes collectionneurs sont mes producteurs car après avoir vendu une pièce, je peux financer la production de la prochaine ! La vie d’artiste n’est pas toujours facile, mais il est plus important pour moi de garder ma liberté que de travailler pour le marché, pour le public. Une pièce est bonne parce qu’elle se libère des contraintes. Je veux me libérer des contraintes. Et me libérer des contraintes, c’est aussi me mettre des contraintes : apprendre l’anglais, apprendre les logiciels, savoir couper une planche, savoir planter un clou, etc., ça me rend libre, libre de connaître et de ne dépendre que de moi même. C’est pour ça aussi que je n’ai plus d’assistant, ni de technicien. Je fais tout moi-même. Si un jour, personne ne veut acheter mon travail, ce n’est pas grave, je ne dépends que de moi, j’ai toujours mon ordinateur, mes idées, mon savoir-faire, je peux toujours continuer à travailler quoi qu’il arrive, c’est là que ce situ ma liberté et c’est ce que j’ai de plus précieux ! J’ai compris que la connaissance et la culture sont des trésors. Des trésors que l’on ne peut pas vous volez.

 

Samuel Rousseau, « Chimical House n° 39 », blisters de médicaments évidés, cadre numérique, cadre inox. Courtesy of the artist.

Samuel Rousseau, Chemical House n° 39, blisters de médicaments évidés, cadre numérique, cadre inox. Courtesy of the artist and aeroplastics contemporary, Brussels.

 

ST : Comment vous définissez-vous ?

SR : Pour me définir, je dis toujours que je suis un naïf éveillé. Je suis très naïf, et très curieux des choses et des gens. En même temps, je suis très conscient politiquement parlant. Je ne veux pas m’inscrire dans la mode du moment. J’espère que mon travail me survivra. Quand j’ai montré « P’tit Bonhomme » pour la première fois il y a 15 ans l’impact qu’il a eu sur le public est resté le même qu’aujourd’hui, il n’a pas prit une ride ou par exemple « Sans titre – l’Arbre et son Ombre » que l’on pourra regarder dans 1000 ans l’émotion sera intact.  

ST : Et la définition du « succès » ?

SR : Le succès dans le sens de la notoriété ne m’intéresse pas. Je n’ai pas besoin que les gens reconnaissent mon nom. Il est plus important que, comme vous, le public fasse le lien entres les pièces qu’il voit par ci et par là. Après tout, c’est l’œuvre qui tient le regard. Que les gens me connaissent ou pas, ça m’est égal. J’essaie de faire des choses intéressantes et importantes, mais je ne suis pas emprisonné par mon travail, ni par mes galeries, ni par mon public, ni par mes collectionneurs. Ne pas être à Paris me renforce, parce que c’est là que se situe le business et les réseaux en France. J’ai un media qui est très facilement déplaçable. Mes œuvres partent et traversent facilement le monde. Paris, n’est juste qu’un endroit dans le monde.
Mais j’ai des fois besoin du succès, pour produire mes œuvres. Le succès apporte de la confiance à l’autre. Du coup, vous êtes pris au sérieux et l’on vous accorde plus facilement les moyens de vos ambitions. 

ST : Et vous ne vous sentez pas isolé à Grenoble ?

SR : Non ! Car je voyage beaucoup, et je montre plus mon travail à l’étranger qu’en France : des U.S.A. en Asie, de l’Amérique du Sud en Tasmanie, je cours le monde. Je m’intéresse beaucoup à toutes ces rencontres culturelles. Il y a un regard diffèrent et des interprétations différentes dans chaque culture. Mon travail est accessible à toutes les cultures et je me nourris de tous ces échanges.

 

Samuel Rousseau, Trou Cathodique, 1996. Ed. of 3, video installation for gardens, LCD screen & dvd player. Various dimensions. Courtesy of the artist and aeroplastics Gallery, Brussels

Samuel Rousseau, Trou Cathodique, 1996. Ed. of 3, video installation for gardens, LCD screen & dvd player. Various dimensions. Courtesy of the artist and aeroplastics Gallery, Brussels

 

ST : C’est vrai qu’il y a peu de codes culturels dans votre travail, par rapport aux autres artistes français…

SR : Dans mon travail, il n’y a pas de code culturel précis et facilement identifiable. Je ne fais pas un travail qui s’inscrit facilement dans ce que l’on attend de l’art en France, il oscille entre plusieurs pratiques et n’est pas classable. J’essaye de faire une œuvre qui modifie la perception et perturbe les conventions. Le milieu de l’art, c’est un drôle monde. Quand vous prenez des références à l’histoire de l’art dans votre production : l’arte povera, le XVIIIème,  le néo-classicisme, le postmoderne, etc. tout va bien ! On est rassuré, c’est bien de l’art. Par contre, quand vous faites références à la science ou autres vous perturbez les codes. S’il y a ambiguïté, ce n’est pas de l’art. Pour moi la recherche est permanente tout comme en science, une idée peut mettre à terre des dizaines d’années de savoir absolu. Vous avez toujours une pièce qui vous en ramène une autre, puis une autre …. Je cherche jusqu’à obtenir le résultat escompté. Ce qui compte pour moi, c’est la culture en générale et pas seulement l’art en particulier. La culture c’est la littérature, l’architecture, la nature, l’art, le cinéma, la gastronomie, la bande-dessinée, la science, etc. C’est ce qui fait ce que vous êtes.

ST : Le choix de travailler avec de nouveaux media vous permet de vous débarrasser des bagages dont vous parliez ?

SR : Non ! Comme je l’ai dit, il y a beaucoup de pièges dans les nouveaux media. On peut tomber facilement dans le kitsch et la médiocrité. La technologie n’est pas importante dans mon travail, elle est l’esclave de mes idées. J’admire beaucoup le travail d’artisanat. La maîtrise des techniques, la perfection dans le travail, le contact avec le matériel. Mais en art, on demande plus que ça. Il faut une image mentale secrète. Il faut une force à l’intérieur de l’œuvre. L’inspiration est humaine, elle n’est pas technologique.

ST : Merci beaucoup !

 

Gauche: Casei, 2007. Ed. of 3, C-print sur aluminium. Droite: Materna Prima, 2006, Ed. of 5, 3D Model, Projection vidéo, lecteur DVD. Courtesy of the artist Samuel Rousseau, Galerie Claire Gastaud, Clermont Ferrand (France) and aeroplastics Gallery, Brussels.

Gauche: Casei, 2007. Ed. of 3, C-print sur aluminium. Droite: Materna Prima, 2006, Ed. of 5, 3D Model, Projection vidéo, lecteur DVD. Courtesy of the artist Samuel Rousseau, Galerie Claire Gastaud, Clermont Ferrand (France) and aeroplastics contemporary, Brussels.

 

Samuel Rousseau

Né le 18 janvier 1971 à Marseille. Vit et travaille à Grenoble.

Expositions personnelles (les plus récentes): 2010 - Fondation Claudine et Jean Marc Salomon , Arenthon Castle, Alex, France ; - « Volta New York » stand de la galerie Aeroplastics contemporary New York U.S.A ; - Slick, Paris, Galerie Claire Gastaud. 2009 - Maison du livre, de l'image et du son Villeurbanne ; - Galerie 1 000 eventi Milan Italie ; - Galerie Guy Bärtschi Genève Suisse ; - Loops stand Galerie Guy Bartschi Barcelone Espagne ; - «Maternaprima » planétarium de Vaulx en Velin. 2008 : - Galerie Quynh dans le cadre du mois de l'image Saigon Vietnam ; Galerie Aéroplastics contemporary Bruxelles ; Galerie Polaris Paris ; Intervention nuit des musées Fondation Salomon Alex ; Vitrine Hermes Mexico City Mexique. 2007 : -  « Jardins nomades » Rotonde 1 Luxembourg capitale européenne de la culture 2007 ; - Espace d'art contemporain André Malraux Colmar . 2006 Projection vidéo musée de Grenoble Grenoble ; - Galerie Parker’s box New York USA; - Galerie Claire Gastaud Clermont Ferrant ; - Galerie Benoot Knokke-Zoute Belgique ; - « Music Box » Zénith Clermont Ferrand.

Samuel Rousseau est représenté par les galeries :
Aeroplastics contemporary, Bruxelles; Parker’s Box, New York; Guy Bärtschi, Genève; 1000 Eventi, Milano; Claire Gastaud, Clermont Ferrand, France.

Samuel Rousseau est nominé pour le Prix Marcel Duchamp 2011.